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Interview de Ram Seegobin sur le discours programme

10.06.2010

Nous reproduisons pour nos visiteurs, l'interview de Ram Seegobin, paru dans Le Defi Quotidien du 9 Juin 2010.

Ram Seegobin : "Le discours programme n'a été qu'une 'shopping list' de petites mesures"

Le gouvernement s'engage à revoir en profondeur le régime constitutionnel en vue de renforcer la démocratie et d'approfondir les droits fondamentaux. Qu'en pensez-vous ?
La proposition est vague. Nous nous serions attendus à plus de détails surtout que l'annonce était déjà connue. Nous avons seulement appris qu'il y a un comité d'experts qui sera consulté. Ce qui ne nous avance en rien. Mais, nous sommes favorables à l'idée qu'il faut changer la Constitution. Si l'actuelle garantit les droits fondamentaux, elle ne garantit pas les droits économiques et sociaux, tels que le droit au logement, celui à la santé et celui à un emploi. Maurice a signé des protocoles au niveau des Nations unies sur ces questions. Il faut maintenant respecter nos engagements pris au niveau international. Nous souhaitons également que la disposition de la Constitution, ayant trait au Best Loser System, soit abrogée. Mais, cela devrait se faire dans le cadre d'une bonne réforme électorale. Nous n'avons rien entendu sur ce sujet dans le discours-programme. D'où le fait que nous avons peu d'espoir que la réforme électorale va aboutir.

Vous avez donc été déçu par le contenu du discours-programme?
Le discours programme est censé donner les grandes orientations de la politique du gouverne ment. Or, nous n'avons eu droit qu'à une 'shopping list' de petites mesures. Celles-ci sont minimales et ne répondent pas aux vrais problèmes auxquels la société mauricienne est confrontée. Comme l'emploi par exemple, ou alors l'inégalité sociale, qui devient de plus en plus grave. Puis, le gouvernement n'a pas réagi face à la série de crises que connaissent les différents secteurs. Nous avons eu celle qui a touché l'industrie sucrière et le textile. Il y a eu la crise alimentaire et la récession, l'an dernier. Cette année, c'est la crise de l'euro. Il faut réaliser que la crise sociale est très liée à ces différentes crises. Pourtant, le discours programme n'en fait aucunement mention.

Le discours-programme annonce des amendements aux lois régissant la presse. Notamment pour faire respecter les droits fondamentaux des citoyens, comme la vie privée. Cette démarche n'est-elle pas inquiétante?
Elle est inquiétante, certes. Il y a une dérive. Nous voyons bien la démarche quand le discours-programme mentionne qu'on va apporter des changements à l'Independent Broadcasting Authority (IBA) Act sur les licences. C'est clair que le gouvernement veut appliquer la répression et museler les médias. De plus, nous notons que la Freedom of Information Act a complètement disparu. C'est très regrettable !

Il y a beaucoup de nouvelles mesures sur la sécurité publique : peines plus sévères pour les crimes, une nouvelle Police Act et le recrutement de 5 000 policiers. Voyez-vous une véritable volonté pour résoudre ce problème ?
Les autorités ne touchent pas à la racine du problème. Les causes qui mènent à cette hausse d'insécurité dans le pays. C'est clair que nous n'y arrivons pas en recrutant 5 000 policiers et en installant des caméras de surveillance seulement. Ou encore en construisant une prison. C'est un non-sens.

Certains disent que le discours-programme ne prévoit pas grand-chose pour l'économie et les Finances....
Effectivement ! Il n'y a absolument rien. L'heure est grave pour l'industrie sucrière. Elle ne produit que 450 000 tonnes de sucre au lieu de 600 000 tonnes. 1 000 à 1 500 hectares de terre sont abandonnés chaque année. Les prix du sucre sont en baisse et la survie de cette industrie est menacée. La baisse de l'euro va accentuer le problème. Pourtant, les autorités ne voient aucune urgence. La transformation de industrie sucrière en l'industrie de la canne n'a bénéficié qu'aux compagnies sucrières. Les raffineries et l'éthanol, par exemple,
vont aider à rentabiliser ces compagnies. L'Integrated Resort Scheme n'est plus évoqué. Tout comme le chiffre de 2 millions de touristes. L'on voit que Rs 2 milliards seront offertes aux petits planteurs, aux pêcheurs et éleveurs. Mais, je me demande sur quel terrain se fera la diversification agricole ? Les 1 000 arpents des sucriers se font toujours attendre... Le discours-programme ne fait mention des 1 000 arpents que pour les logements sociaux.

Une fois de plus, la démocratisation de l'économie figure en bonne place. Elle est évoquée dans les secteurs énergétiques et touristiques. Ce thème est-il devenu une réalité ?
Pour moi, c'est un slogan creux. Pour les travaillistes, la démocratisation de l'économie équivaut à élargir la base des capitalistes. Certes, ils vont offrir plus d'opportunités, mais à des groupes spécifiques. Ils vont ainsi créer de nouvelles bourgeoisies d'état. C'est ce qu'ils entendent par le concept démocratisation de l'économie. Mais, la finalité est la même, avec la naissance de nouveaux capitalistes. La population ne gagne rien.

Le tripartisme est de nouveau d'actualité, avec l'abolition du National Pay Council. êtes-vous favorable à cette mesure ?
Il faut dire que, sur cette question, nous approuvons totalement la démarche gouvernementale. Même si nous voyons bien qu'elle est davantage symbolique. En revanche, rien n'a été mentionné sur les deux nouvelles lois du travail et c'est déplorable.

Que vous inspire la mesure visant à rendre optionnelles les langues créoles et bhojpuri à l'école ?
C'est un pas dans la bonne direction ! Bien que nous eussions souhaité que ces deux langues maternelles deviennent des médiums d'enseignement. On se bat depuis longtemps pour que ces langues intègrent le cursus scolaire. Heureusement, il y a une décision en ce sens. Mais, l'on note quelques failles dans le secteur éducatif, notamment concernant la construction des écoles. Cependant, il y a des tentatives pour baisser le niveau d'échec au CPE et pour rehausser le niveau du cycle secondaire.

Le gouvernement semble être en guerre contre la pauvreté. Outre le ministère de l'Intégration sociale, le discours-programme évoque des efforts dans 229 poches de pauvreté absolue. Vous y croyez réellement ?
Il fallait surtout trouver un ministère pour Xavier-Luc Duval. La pauvreté revient toujours et encore comme un des combats de tous les gouvernements. Mais, elle demeure toujours un problème. Je ne crois pas dans leur engagement réel.

Les experts viennent et repartent. Et pourtant, le pays n'arrive toujours pas à se fixer sur le mode alternatif de transport. Le métro-léger revient sur le tapis....
Cela veut dire qu'ils ne feront rien. Savez-vous depuis combien d'années nous parlons du métro- léger ? Ce n'est pas sérieux ! Le gouvernement veut venir avec le concept de 24/7 pour le secteur tertiaire. Mais, les 'late night buses' ne sont pas une réalité.

On entend aussi la construction de 10 000 logements dans les discours. Mais, la réalité est toute autre. Est-ce donner de faux espoirs aux démunis ?
Ce sont des effets d'annonce qui reviennent tout le temps. Ce sont des mensonges. Les autorités avancent que 80 % des Mauriciens ont leur maison et ne paient pas la location. C'est totalement faux ! Plusieurs familles vivent ensemble à cause de la cherté du logement. Ils font malheureusement partie de la catégorie des propriétaires alors qu'ils vivent en promiscuité. Il est de nouveau question du concept "Site and Services", un projet évoqué depuis plus de dix ans.

C'est un discours qui n'a pas impressionné par son contenu. Néanmoins, il porte une forte empreinte du MSM ....
Ils veulent abolir la National Residential Porperty Tax. Mais, cette taxe ne concerne que 7 % de la population. La taxe sur les intérêts, qui sera aussi abolie, est perçue sur un nombre restreint de personnes. C'est finalement 10 % des plus gros capitalistes qui ont été épargnés. C'est un manque à gagner important pour les caisses de l'état. Cela aurait pu servir à aider les plus vulnérables.