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24 May 2010

Ni « putes » , ni lâches, ni hypocrites

Nous reproduisons pour nos visiteurs l'article de la Commission Femme de LALIT, paru dans L'express ID du 20 et 24 Mai 2010.

Le mot grossier prononcé par le Premier ministre devant le microphone défectueux lors du rassemblement de son parti le jour de la fête du Travail, dans le cadre de la campagne électorale, qu’il fût adressé à sa collègue Nita Deerpalsing ou non, a attiré l’attention de la population sur le langage « anti- femme » profondément ancré dans la politique. Ce juron, « p. t.• » , comme tant d’autres, révèle la misogynie qui sous- tend la politique courante.

Par ces temps de crise, nous pouvons malheureusement nous attendre à une accentuation de cette tendance. Dans le présent article, la commission femmes de LALIT note que ce ne sont pas seulement les politiciens notoires qui se trahissent ainsi en public. Il y a pire, bien pire. Et, fait surprenant, là où l’on ne s’y attendait pas : de la « gauche » . Et une telle misogynie, si elle ne se montre pas au grand jour, court constamment le risque d’être dénoncée et utilisée par les ennemis de classe et par l’Etat quand ceuxlà choisissent de la dénoncer et de l’utiliser.

En mars 2010, le journal rodriguais La Tribune a publiquement dénoncé le leader du Muvman Premye Me et aussi, maintenant, de la Plateforme pour une nouvelle Constitution, Jack Bizlall . A l’issue d’un confl it qui a commencé au niveau d’un syndicat et qui s’est aggravé, le journal a fi nalement cité une allocution prononcée à Port- Louis il y a 18 mois. Jack Bizlall avait, entre autres, qualifi é l’auditoire de « p. t.• » et de « p. l.• » , ajoutant « Mo p.. ar mo patri » et déclarant que les employeurs « pe fer m. l. s ar u » . Il a poursuivi, dans un langage des plus homophobes, à l’adresse du directeur des télécommunications : « Si li ti zoli garson, mo ti pu pran li kont » . Il a effectivement tenu de tels propos.

Et ce n’est pas tout ! Ils sont nombreux, les membres de LALIT, à l’avoir entendu. Nous étions là pour soutenir les employés des télécommunications après que deux de leurs dirigeants syndicaux ont été mis à pied en raison de leurs activités syndicales.

Que doit- on faire quand quelqu’un qui se dit « de gauche » s’en prend de la sorte aux femmes, aux homosexuels et à son pays, et insulte un millier de travailleurs présents ainsi que les passants, à la rue Edith Cavell ? Peut- on simplement prétendre qu’il ne s’est rien passé ? Ou est- ce qu’on le tolère ? Ou est- ce qu’on cherche à étouffer l’incident ? Un dilemme.

Dénonciation
A l’issue de discussions, nous avons décidé de consigner offi ciellement et collectivement que nous nous dissocions de tels actes. Un de nos membres a téléphoné aux organisateurs du rassemblement pour exprimer la consternation de notre parti et, en guise de conclusion à notre article sur la réunion précitée, nous avons dénoncé l’allocution de Jack Bizlall sur notre site Web ( voir www. lalitmauritius.
org). Etant un article collectif, il a été signé par LALIT, et peut encore être consulté dans nos archives ( 14 septembre 2008). C’est, en effet, là que La Tribune de Rodrigues en a pris connaissance. Notre critique était juste et pertinente, sans tapage médiatique.

Nous étions les seuls à nous dissocier ouvertement de cette allocution.

Après la parution sur notre site Web de cette critique sobre et raisonnable, nous avons reçu à travers la poste une lettre et un tract de Jack Bizlall, contenant des propos encore plus abusifs et virulents que ceux rencontrés à ce jour chez les politiciens mauriciens.

L’enveloppe portait le tampon de la FPU ( Federation of Progressive Unions) . La lettre de couverture, en manuscrit, était adressée à une de nos membres, Lindsey Collen. Dans cette lettre, il a également impliqué ceux qui ont démissionné de LALIT il y a quelques années et ont par la suite formé Rezistans ek Alternativ , prétendant ainsi un appui réciproque dans cette attaque infecte. Le tract, du même format A- 3 utilisé généralement par Jack Bizlall, était signé par ce dernier. Personne ne peut dire pourquoi il a choisi de prendre pour cible un membre féminin, en la personne de Lindsey.

Dans ledit tract, rempli de menaces, Jack Bizlall déverse toute sa hargne, toute sa colère, pour justifi er le langage utilisé lors de la réunion susmentionnée.

Il s’agit, explique- t- il, de sa stratégie que de proférer des jurons. Il le fait exprès. Il espère que des humains utiliseront des cris de guerre « les plus grossiers qui soient » . Il utilise un langage infect, « anti- femme » dans le tract et il justifi e une telle utilisation contre des ennemis, adversaires ou amis indistinctement.

A deux reprises, il menace, dans un style qui ressemble étrangement au chantage, de faire paraître ce tract calomnieux sur son site Web personnel si nous ne prenons garde.

Comme par hasard, les six intertitres du tract contiennent un mot évoquant l’acte sexuel, dans un registre très vulgaire. Il utilise, par ailleurs, diverses formules, quelques- unes étant considérées comme les plus insultantes et les plus dégradantes du registre ordurier. Un tel échantillon n’est que le sommet de l’iceberg. Comme il l’explique, « Il faudra donc encore et toujours insulter l’adversaire… » . En ce qui le concerne, l’insulte est une méthode politique généralisée.

Nous, à LALIT, n’avons jamais entendu parler d’une telle méthode. Elle n’est certainement pas de gauche. Nous voici donc devant un autre dilemme. Que faut- il faire ? LALIT a décidé, sur une proposition de la Commission des femmes, qu’il faudrait réagir en insérant sur notre site Web le tract outrageant. Cela rend nul le chantage, tout en informant le public en général de ce que beaucoup de personnes savaient déjà.

Après avoir scanné puis posté le tract de Jack Bizlall sur leur site, avec des excuses aux visiteurs, les membres de LALIT se sont partagé une liste de dirigeants syndicaux, de journalistes, de dirigeantes d’associations féminines, de groupes associatifs et de personnes progressistes, leur rendant visite personnellement pour les informer du contenu de ce tract.

Nous voulions que les gens sachent pourquoi Jack Bizlall et ses proches alliés ne peuvent approcher LALIT sur le plan politique et qu’ils connaissent au moins une des raisons pour lesquelles nous refuserions une telle démarche. Chaque personne que nous avons contactée était horrifiée par ce texte.
Il est encore plus important que tout le monde soit informé maintenant que le langage ordurier de Jack Bizlall a été reproduit dans la presse principale de Rodrigues. LALIT aurait souhaité, dans le contexte d’un confl it entre l’Etat ( le Chef commissaire de Rodrigues dans le cas présent) et un syndicaliste ( Jack Bizlall, en l’occurrence), être en position d’épauler le syndicaliste, mais il est manifestement hors de question pour toute personne bien pensante de s’associer avec de tels propos.

A la fi• du tract, comme pour prouver sa misogynie, M. Bizlall ajoute que s’il « apprend » que la personne qui a écrit l’article dénonçant son langage abusif et signé LALIT n’est pas Lindsey, il choisira de retourner sa haine et sa colère contre… oui, vous avez deviné, une autre femme membre, qu’il n’hésite pas à citer - Rajni Lallah. Et il s’y met sur le champ. Les insultes contre Lindsey Collen n’auraient donc été qu’un simple cas d’erreur sur la personne.

Il ne faut pas être aveugle au fait, en lisant ce tract, que ce machiste tente désespérément, sans chercher à masquer sa démarche, de déshonorer Lindsey avec ses viles insinuations et ses menaces à peine voilées et, en ce faisant, de provoquer l’époux de cette dernière, Ram Seegobin, un des dirigeants de LALIT. Ses deux tentatives « patriarcales » ont échoué. Jack Bizlall, dans son machisme, perçoit sans doute Ram Seegobin non comme un militant politique mais comme un concurrent politique quelconque.

Après avoir proféré un juron sur les ondes, Navin Ramgoolam a dit, comme circonstance atténuante, qu’il s’en était pris au microphone, celui- ci ne fonctionnant pas alors qu’une grosse foule attendait sous la pluie. Bon, d’accord.

Paul Bérenger, encore mieux, s’est franchement excusé de son agression verbale antérieure de nature misogyne à l’encontre de Nita Deerpalsing au Parlement quand il s’est adressé à ses collègues mâles en disant : « Al rod enn mari pu li! » Même Pravind Jugnauth a présenté des excuses bancales pour ses insultes gratuites et misogynes à l’égard de Cassam Uteem, de son épouse et de leur fi ls.
Jack Bizlall, lui, contrairement à ces politiciens de centre- droit, annonce que, dans son cas, l’insulte est une méthode politique.

Il en est fi er et menace de se « réserver le droit de publier ce texte sur [ son] site Web » . Toutefois, quand, pour nous défendre, nous avons publié son tract sur notre site Web, il a été saisi d’une rage folle. Il nous a fait parvenir deux autres longs documents, par fax, à partir d’un bureau d’une société touristique rodriguaise, après qu’un employé de la Federation of Progressive Unions ( FPU) se soit procuré le numéro de fax de LALIT. Ces documents contiennent des diatribes également grotesques, violentes et anti- femmes, à l’encontre de Lindsey Collen, en particulier, mais également… oui, vous avez bien deviné, la Commission des femmes. Quiconque souhaite avoir des copies de ces lettres peut s’adresser à LALIT. Au fait, LALIT a envoyé une lettre enregistrée au secrétaire de la FPU à l’époque, demandant des explications concernant le sceau de la fédération et le numéro de fax.

Nous avons attendu une année, sans aucune réponse. Nous avons alors publié sur notre site Web notre lettre à la FPU. Cette lettre aussi est parvenue à la presse rodriguaise.

Toujours pas de réponse de l’exécutif de la FPU. Et personne parmi les collègues de Bizlall, dans son parti, dans son groupe ou parmi ses alliés, ne s’est dissocié de lui, bien que beaucoup d’entre eux soient au courant de ses propos insultants, du tract et de la lettre. Mais ils refusent de se dissocier d’un tel comportement.

Nous demandons formellement à tous ceux qui n’ont pas encore lu ce tract de consulter notre site Web, d’en prendre connaissance et de réagir. Nous demandons instamment aux femmes et à toute personne bien pensante de dénoncer ce tract publiquement. Dans l’éventualité où elles ne peuvent faire publier leurs articles, nous leur demandons de nous les envoyer.

Les hommes et les femmes intègres membres de Plateforme pour une Nouvelle Constitution , du Mouvement pour une Deuxième République et du Blok 104 avec Jack Bizlall pourraient également envisager de se dissocier publiquement de son discours prononcé lors de la réunion des employés des télécommunications ainsi que du tract.

Patriarcat, comportement machiste et misogynie ont la peau dure. Donc, nous craignons, avec raison, des représailles en raison du présent article. Nous vous lançons un appel pour la reconnaître en tant que telle quand la vengeance s’acharnera contre nous.
Nous ne pouvons prédire si cette vengeance sera dirigée contre Lindsey, les signataires, d’autres membres féminins, notre Commission, ou contre nos camarades masculins, ou contre LALIT en général.

Mais nous ne pouvons guère nous taire. C’est la raison pour laquelle nous affi rmons: « Ni putes, ni lâches, ni hypocrites » .

Commission Femmes de LALIT :
Ragini Kistnasamy,
Anne- Marie Sophie,
Minta Sukhoo,
Corine Fozoo,
Martine Mavisa,
Marousia Bouvery,
Veena Ramdin,
Lindsey Collen,
Sarah- Jane Naraina,
Cindy Clelie,
Sadna Jumnoodoo,
Rajni Lallah

L'Express ID 20 et 24 mai, 2010

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